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Appel à communication – Communiquer. Revue de communication sociale et publique

La revue Communiquer lance un nouvel appel à communication pour un dossier sur le thème « Affects et émotions numériques : matérialité(s) et instrumentalisation(s) », coordonné par Camille Alloing (université de Poitiers) et Julien Pierre (Audencia Business School).

 

Présentation

« Les sciences sociales interrogent la notion d’émotion, et ses concepts associés (sentiment, passion, affect, empathie, humeur), depuis de nombreuses années. Objet transdisciplinaire, sans réel consensus quant à sa définition, l’émotion participe aux conventions sociales autant qu’elle suppose d’être gérée par l’individu dans les différents contextes où il interagit avec autrui (Goffman, 1961). Dans sa cartographie des « voies d’approche des émotions », Julien Bernard (2015) signale cinq angles par lesquels les sciences sociales s’attachent à analyser et à décrire les émotions : comme des produits du social (les émotions s’inscrivent et dépendent, autant qu’elles participent, aux structures sociales), des produits du décalage entre disposition et position du sujet (l’individu ressent et exprime des émotions en fonction des contextes où il se situe), des signes performateurs (qu’ils soient graphiques ou exprimés par une gestuelle, par exemple), des objets de catégorisation enjeux de pouvoir (identifier les émotions chez les autres fluidifie les pratiques sociales) et des phénomènes psycho-physiologiques (repérables notamment par les expressions du visage). Mais il serait réducteur de limiter l’étude des émotions aux sciences sociales, tant d’autres champs s’en sont emparés : la psychologie et plus largement les neurosciences afin de mesurer ces émotions et en comprendre les ressorts neurologiques autant que les effets comportementaux (Cosnier, 2015; Damasio, 1994; Ledoux, 1994), l’économie pour mettre en perspective une prise de décision qui s’est longtemps voulue rationnelle (Elester, 1998; Kahneman, 2012), ou encore le marketing pour souligner les effets de stratégies intégrant des leviers émotionnels et leurs mesures (Derbaix et Pham, 1989). Si d’autres domaines de recherches ont bien entendu abordé la question des émotions (comme la linguistique et l’informatique), les approches présentées supra ont activement participé aux travaux en sciences de la communication sur la question. D’abord axées sur la communication non verbale, les études communicationnelles sur les émotions portent sur les médias, l’emploi de signes émotionnels dans la communication médiatisée sur ordinateur (Marcoccia, 2000; Gauducheau, 2008), la référence aux émotions dans la communication des marques (Le Breton, 2008), les pratiques professionnelles des communicateurs (en l’espèce les journalistes : Le Cam et Ruellan, 2017), l’intensité des controverses (Quémener, 2018), la communication organisationnelle (Dumas et Martin-Juchat, 2016), la gestion du social (Martin-Juchat et al., 2018), ou encore le storytelling (Papacharissi et de Fatima Oliveira, 2012).

Mais il apparaît cependant que, dans ces différentes approches, les émotions restent présentées comme des processus physiologiques et cognitifs propres aux sujets. Qu’elles permettent de s’inscrire dans un collectif (Courbet, Fourquet-Courbet et Marchioli, 2015), qu’elles reposent sur un travail conscient ou non (Soares, 2003), qu’elles soient vues comme des compétences (Lhuillier, 2006) ou une attitude (Ashforth et Humphrey, 1993), les émotions s’inscrivent dans un spectre intra-individuel qui appelle au contraire à se déployer dans une dynamique plus intersubjective (Richard et Rudnyckyj, 2009).

Afin de dépasser cela, nous proposons, à la suite d’autres auteurs (Citton et Lordon, 2008; Arvidsson, 2011; Hills, Paasonen et Petit, 2015), de traiter non pas d’émotions, mais d’affects. Il ne s’agit pas d’aborder ici les affects comme un ensemble de ressentis plus diversifiés que les émotions (Cahour, 2006), mais comme « une affection observable dans le corps, exprimant un différentiel dans sa puissance d’agir, et conditionnant les pensées et les comportements à venir de l’individu (à commencer par sa volonté) » (Citton, 2008, p 28). […] »

Pour la présentation complète de lappel : https://journals.openedition.org/communiquer/3052

 


Le comité éditorial
Benoit Cordelier, professeur, Département de communication sociale et publique, UQAM
Chantal Aurousseau, professeure, Département de communication sociale et publique, UQAM
Caroline Bouchard, professeure, Département de communication sociale et publique, UQAM
Martin Lussier, professeur, Département de communication sociale et publique, UQAM
Florence Millerand, professeure, Département de communication sociale et publique, UQAM
Marie-Claude Plourde, secrétaire de rédaction, Faculté de communication, UQAM

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